Histoire de Srah
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— L'HISTOIRE D'UN NOM
Srah, ou la résistance cousue à la main.
Avant d'être une marque, Srah était une femme. Une grand-mère qui a dit non. Une histoire de tissus, de transmission, et d'un combat silencieux contre le gaspillage.
I. Le nom d'une femme qui a dit non.
Srah, c'est le nom de ma grand-mère. Et ce n'est pas un hasard si ma marque le porte. Aujourd'hui, on dirait d'elle qu'elle était féministe. Mais à l'époque, dans son village, on disait simplement qu'elle était une femme qui ne courbait pas l'échine.
Dans les années 70, ma grand-mère était mariée à un chef de village — un roi, dans la tradition. Quand il est décédé, la coutume voulait qu'elle épouse le frère cadet de son défunt mari. C'était comme ça. On ne discutait pas.
Elle a dit non.
Elle est rentrée chez ses parents. Et le combat a commencé. Une femme, à cette époque, n'avait aucun droit sur ses enfants. Aucun droit sur sa vie, en réalité. Mais ma grand-mère s'est battue — pour elle, pour ses enfants, pour la liberté de choisir.
Notre famille telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est elle qui l'a conçue.
C'est elle qui en est l'origine. Une femme élégante, fière, qui ne se laissait jamais réduire. Une dame qui était tout à la fois — la douceur et la force, la grâce et le refus.
Ma grand-mère, c'était une dame de tout. Donner son nom à mes sacs, c'est lui rendre l'honneur qu'elle mérite.
II.Coudre, depuis toujours.
La couture, je l'ai toujours faite. Ce n'est pas un métier que j'ai choisi un matin sur un coup de tête — c'est une présence, depuis toujours, dans ma vie.
Petite, je dessinais mes habits moi-même. J'habillais mes Barbies avec des étoffes que je trouvais. Je cousais. J'inventais. Tous ceux qui me connaissent depuis longtemps le savent : la couture, c'est mon langage avant même d'être mon métier.
Mais il y a un moment où tout a basculé. Où ce qui était une passion est devenu une mission.
III. La rencontre qui a tout changé.
C'était en 2020. Je présentais mes premières pièces lors d'une exposition dans un grand centre commercial. Le troisième jour, un monsieur s'est arrêté devant mon stand.
Il travaillait dans le contrôle textile en Suisse depuis vingt ans. Son métier : vérifier la qualité de tous les tissus vendus dans le pays. Et surtout, surveiller ce qu'il advient de ceux qui ne passent pas les standards.
Il m'a expliqué ce qui se passe dans l'ombre. Ce dont personne ne parle.
Tous les tissus refusés par les grandes enseignes — parce qu'ils ne correspondent plus aux normes, parce qu'ils sont en surstock, parce qu'on a changé d'avis — finissent par être éliminés. En masse.
En Suisse, chaque habitant génère entre 5 et 7 tonnes de déchets textiles dans sa vie.
Cette information m'a frappée. Cinq à sept tonnes. Par personne.
Et le pire, c'est que ces tissus ne disparaissent pas vraiment. Ils sont expédiés ailleurs. Souvent illégalement. Souvent vers des pays qui n'ont pas la voix pour refuser. Côte d'Ivoire. Ghana. Inde. Bangladesh. Des pays qui deviennent les poubelles textiles d'un Occident qui consomme trop.
Ce jour-là, devant mon stand, j'ai compris que la couture, pour moi, ne pouvait plus être juste de la couture. Elle devait devenir un acte.
IV. Donner vie à ce qu'on jette.
Depuis ce jour, ma démarche est claire. Je vais chercher des tissus là où d'autres les abandonnent.
Dans les entrepôts d'entreprises qui fabriquent des fauteuils. Dans les rideaux vintage des grandes maisons. Dans les chutes des ateliers de tapisserie. Chez les brockis suisses, où les tissus dorment depuis des décennies. Je les paye, je les ramène, je les transforme.
Chaque sac Srah commence par cette quête. Trouver l'étoffe oubliée. La sortir de son sommeil. La marier à un wax authentique d'Afrique de l'Ouest, à un velours européen, à un cuir véritable. Coudre, point par point, pour lui offrir une seconde vie. Mon travail, c'est de donner vie. À des matières qu'on jette, à des tissus qu'on oublie, à des gestes qu'on a perdus.
Quand on me dit « Oui, mais ça arrive là-bas, ça ne nous concerne pas en Suisse », je réponds toujours la même chose : Si la Côte d'Ivoire est polluée, je ne peux pas vivre tranquille en Suisse. Si la France est polluée, ça me concerne. Nous habitons tous la même Terre. Le minimum que je puisse faire, c'est de ne pas ajouter à la destruction.
V. Pour celles qui suivent.
Au-delà des sacs, il y a un message que je veux porter — surtout aux plus jeunes.
Acheter neuf sans réfléchir, encore et encore, ce n'est pas un acte anodin. C'est une habitude qui prépare des problèmes immenses pour demain. Les jeunes femmes qui me suivent, je veux qu'elles comprennent une chose simple : consommer, c'est choisir un monde. Choisir un sac Srah, c'est dire :
• Je préfère l'unique au dupliqué.
• Je préfère le fait main à l'industriel.
• Je préfère l'ancien sublimé au neuf gaspillé.
• Je préfère la beauté qui dure à la mode qui passe.
C'est un petit geste. Mais c'est un geste vrai.
Une dame qui a dit non. Des sacs qui disent oui.
Ma grand-mère a dit non aux traditions qui voulaient l'enfermer. Avec Srah, je dis oui.
Oui aux matières qu'on croyait mortes. Oui aux tissus qui ont une histoire. Oui aux femmes qui veulent porter du beau, du rare, du sensé.
Oui à un monde où l'on peut être élégante et consciente, sans choisir entre les deux.
— Avec amour, et la main de ma grand-mère qui guide la mienne.
— ENGAGEMENT
5 à 7 tonnes. Ce qu'on ne vous dit passur vos vêtements.
Combien de tissus jetez-vous, sans même le savoir ? Voici ce que j'ai découvert — et pourquoi cela a tout changé pour moi.
Un jour, lors d'une exposition, un homme s'est arrêté devant mes sacs. Il travaillait depuis vingt ans dans le contrôle des textiles en Suisse. Et ce qu'il m'a confié ce jour-là, je ne l'ai jamais oublié.
Chaque habitant suisse génère entre 5 et 7 tonnes de déchets textiles dans sa vie.
Cinq à sept tonnes. Pour une personne. Imaginez ce poids accumulé : des montagnes de tissus refusés, surstockés, démodés, retournés. Tous condamnés à disparaître.
Où vont vraiment ces tissus ?
C'est là que l'histoire devient sombre. Ces tonnes de textiles ne sont pas recyclées en Suisse. Elles sont expédiées ailleurs — souvent illégalement, presque toujours discrètement.
Direction : la Côte d'Ivoire. Le Ghana. L'Inde. Le Bangladesh. Des pays qu'on appelle pudiquement « en développement », et que l'on traite en réalité comme des poubelles.
Sur les plages d'Accra, on peut marcher sur des kilomètres de vêtements occidentaux qui s'entassent. Au Chili, dans le désert d'Atacama, des montagnes de fast fashion sont visibles depuis l'espace. Vue depuis l'espace.
Le textile est aujourd'hui la deuxième industrie la plus polluante au monde, juste après le pétrole.
« Mais ça arrive là-bas, pas chez nous. »
C'est la phrase que j'entends souvent. Et c'est celle qui me fait le plus mal.
Parce que c'est faux.
Si la Côte d'Ivoire est polluée, je ne peux pas vivre tranquille en Suisse.
Si le Bangladesh étouffe, ça m'étouffe aussi. Nous habitons tous la même Terre, sous le même ciel, sur les mêmes océans. Il n'y a pas de « là-bas »
— il n'y a que chez nous, en plus grand.
La pollution n'a pas de frontières. Notre indifférence, elle, en a beaucoup trop.
Ce que j'ai décidé de faire.
Je ne suis pas une militante. Je suis une couturière. Mais à mon échelle, j'ai décidé d'agir.
Depuis 2020, je vais chercher les tissus là où on les abandonne. Dans les entrepôts d'entreprises. Dans les rideaux vintage des grandes maisons.Dans les chutes des ateliers de tapisserie. Chez les brockis suisses. Je les paye, je les ramène, je les transforme.
Chaque sac Srah est un acte. Petit, peut-être. Mais réel.
• Un sac Srah = une étoffe sauvée de la décharge.
• Un sac Srah = quelques heures de travail humain, en Suisse.
• Un sac Srah = une pièce conçue pour durer dix ans, pas dix sorties.
• Un sac Srah = un refus du gaspillage, cousu à la main.
Vous aussi, vous pouvez faire quelque chose.
Je ne vous demande pas de devenir parfaite. Je n'y arrive pas non plus.
Mais voici quelques gestes simples, à votre portée :
• Achetez moins, mais mieux.
• Privilégiez le fait main au fabriqué en série.
• Donnez vos vieux vêtements à des associations locales.
• Réparez avant de jeter.• Posez la question : « D'où vient ce tissu ? »
Et si vous voulez aller plus loin, choisissez un objet qui a une histoire. Un objet qu'on a sauvé. Un objet qui dure. Un objet comme un sac Srah.
— Avec espoir.